Programme › Premier semestre › Section 4

04

Techniques fondamentales de calcul différentiel et intégral

Le chapitre le plus étrange de l'année : on y admet presque tous les théorèmes, pour pouvoir s'en servir tout de suite. Ils seront démontrés aux sections 6 et 15. En attendant, c'est de la technique pure — et la physique en a besoin dès octobre.

Champ Analyse Semestre 1 Parties A · B Théorèmes Admis à ce stade Démontrés aux ch. 6 · 15

Ce que dit le programme sur cette section

Une boîte à outils assumée comme telle

Le texte officiel est inhabituellement explicite sur son intention, et il faut la comprendre pour ne pas s'inquiéter :

  • L'objectif est la maîtrise pratique des techniques de calcul différentiel et intégral, pas leur fondation. Le programme parle d'un « point de vue pratique ».
  • Les résultats sont admis à ce stade, et démontrés plus tard dans l'année : la dérivabilité et ses théorèmes à la section 6, l'intégration à la section 15. Ce n'est pas un manque de rigueur, c'est un choix d'ordre.
  • La raison est interdisciplinaire. La physique a besoin de dériver, primitiver et résoudre des équations différentielles linéaires dès les premières semaines. Attendre la construction rigoureuse de l'intégrale bloquerait tout le reste.
  • Les fonctions considérées sont à valeurs réelles ou complexes. C'est nouveau, et c'est ce qui rendra les équations différentielles élégantes.

Conséquence pour vous : ce chapitre s'apprend en faisant. Il n'y a presque rien à démontrer, et énormément à calculer. Un étudiant qui lit ce chapitre sans faire cinquante dérivées et trente primitives ne l'a pas travaillé.

Partie AFonctions d'une variable réelle

Généralités, dérivation, fonctions usuelles, et l'extension aux fonctions à valeurs complexes. Tout y est admis : c'est de l'outillage, pas de la fondation.

a

Généralités sur les fonctions

Exigible

Contenus

  • Ensemble de définition.
  • Représentation graphique d'une fonction $f$ à valeurs réelles.
  • Parité, imparité, périodicité.
  • Somme, produit, composée.
  • Monotonie ; fonctions majorées, minorées, bornées.

Capacités & commentaires

  • Interprétation géométrique de ces propriétés : symétrie du graphe par rapport à l'axe des ordonnées, par rapport à l'origine, invariance par translation.
  • $f$ est bornée si et seulement si $|f|$ est majorée.
En clair

Du vocabulaire, essentiellement déjà connu. Deux réflexes à installer malgré tout, parce qu'ils font gagner un temps considérable en devoir.

Chercher les symétries avant d'étudier. Si $f$ est paire, on l'étudie sur $\R_+$ et on complète par symétrie : le travail est divisé par deux. Si $f$ est $T$-périodique, on l'étudie sur un intervalle de longueur $T$. Un étudiant qui dresse un tableau de variations sur $\R$ tout entier pour une fonction $2\pi$-périodique perd vingt minutes et se trompe.

Déterminer l'ensemble de définition, et l'écrire. C'est la première ligne de toute étude de fonction, et c'est là que se logent les points où le raisonnement va casser plus loin — dénominateur nul, logarithme d'un négatif, racine carrée d'un négatif, tangente en $\frac{\pi}{2}$.

Notez la caractérisation « $f$ bornée $\iff |f|$ majorée » : elle a l'air anodine, elle sera le point de départ de presque toutes les majorations de l'année, parce qu'elle transforme deux conditions (majorée et minorée) en une seule.

À savoir de tête $$f \text{ paire} \iff \forall x\in D_f,\ -x\in D_f \text{ et } f(-x)=f(x) \qquad \text{(graphe symétrique par rapport à } (Oy))$$ $$f \text{ impaire} \iff f(-x)=-f(x) \qquad\text{(graphe symétrique par rapport à l'origine)}$$ $$f \ T\text{-périodique} \iff \forall x\in D_f,\ x+T\in D_f \text{ et } f(x+T)=f(x)$$ $$f \text{ bornée sur } I \iff \exists M\in\R_+,\ \forall x\in I,\ |f(x)|\leqslant M$$
Piège « Croissante » veut dire $x\leqslant y\Rightarrow f(x)\leqslant f(y)$, au sens large. « Strictement croissante » impose l'inégalité stricte. Le programme et les concours distinguent les deux, et le théorème de la bijection de la section 6 exigera la stricte monotonie. Prenez tout de suite l'habitude d'écrire l'adverbe.
b

Dérivation

Exigible Résultats admis ici

Contenus

  • Équation de la tangente au graphe d'une fonction dérivable en un point.
  • Dérivée d'une combinaison linéaire, d'un produit, d'un quotient, d'une composée.
  • Dérivées partielles d'ordre 1 dans des cas simples.
  • Application à l'étude des variations, à la recherche d'extremums, à l'obtention d'inégalités.
  • Dérivée d'une fonction réciproque.
  • Fonctions de classe $\mathcal{C}^1$ ; dérivées d'ordre supérieur.

Capacités & commentaires

  • Les résultats sont admis à ce stade et démontrés dans la section « Fonctions d'une variable réelle : limites, continuité, dérivabilité, convexité ».
  • Sur les dérivées partielles : les fonctions de plusieurs variables ne sont pas au programme ici. On se limite à des exemples simples, en vue de la physique. Toute théorie est renvoyée à la section 20.
  • Notations $f'$, $\dfrac{\mathrm{d}f}{\mathrm{d}x}$, $f^{(n)}$, $\dfrac{\mathrm{d}^n f}{\mathrm{d}x^n}$.
En clair

Vous savez dériver. Ce qui change ici, c'est le niveau d'exigence sur la rigueur du domaine et l'apparition de deux outils nouveaux.

La dérivée d'une réciproque. Si $f$ est une bijection dérivable et que $f'$ ne s'annule pas, alors $f^{-1}$ est dérivable et $(f^{-1})'(y)=\dfrac{1}{f'\big(f^{-1}(y)\big)}$. C'est cette formule qui va produire les dérivées d'Arcsin, Arccos et Arctan au point suivant — ne les apprenez pas par cœur avant d'avoir vu qu'elles en sortent en trois lignes.

Les dérivées partielles, en avant-première. Le programme les introduit uniquement parce que la physique en a besoin : pour $f(x,t)$, la dérivée partielle $\frac{\partial f}{\partial x}$ consiste à dériver par rapport à $x$ en traitant $t$ comme une constante. C'est tout. Aucune théorie n'est exigible ici — ni continuité, ni différentiabilité, ni théorème de Schwarz. Vous les retrouverez à la section 20, et vous les utiliserez d'ici là dans l'équation de d'Alembert et en thermodynamique.

L'usage de la dérivée pour démontrer une inégalité est explicitement au programme, et c'est la méthode la plus rentable de l'année : pour montrer $f(x)\geqslant g(x)$ sur un intervalle, on étudie $h=f-g$, on montre que $h$ est croissante et que $h$ s'annule au bord. Trois lignes, et ça marche presque toujours.

À savoir de tête

Les opérations, dont la dérivée d'une composée — celle que tout le monde rate sous stress :

$$(uv)'=u'v+uv' \qquad \left(\frac{u}{v}\right)'=\frac{u'v-uv'}{v^{2}} \qquad (v\circ u)'=u'\times(v'\circ u)$$

Les composées usuelles, à reconnaître instantanément :

$$\big(u^{\alpha}\big)'=\alpha u' u^{\alpha-1}\qquad \big(e^{u}\big)'=u'e^{u}\qquad \big(\ln|u|\big)'=\frac{u'}{u}\qquad \big(\sqrt{u}\big)'=\frac{u'}{2\sqrt u}$$

Tangente au point d'abscisse $a$ :

$$y=f(a)+f'(a)(x-a)$$

Dérivée d'une réciproque :

$$\big(f^{-1}\big)'(y)=\frac{1}{f'\big(f^{-1}(y)\big)}\qquad\text{à condition que } f'\big(f^{-1}(y)\big)\neq 0$$

Moyen de la retrouver sans l'apprendre : dérivez $f\big(f^{-1}(y)\big)=y$ par la formule de composition.

Astuce : la dérivée logarithmique Pour dériver un produit ou un quotient de nombreux facteurs, passez par $\dfrac{f'}{f}$. Comme $\big(\ln|f|\big)'=\dfrac{f'}{f}$, un produit devient une somme : si $f=u_1u_2\cdots u_n$, alors $\dfrac{f'}{f}=\dfrac{u_1'}{u_1}+\cdots+\dfrac{u_n'}{u_n}$. C'est aussi ce qui permet de dériver $x\mapsto u(x)^{v(x)}$, qu'on écrit d'abord $e^{v\ln u}$ — jamais autrement.
Piège $x\mapsto x^{x}$ ne se dérive ni comme une puissance, ni comme une exponentielle : les deux formules donnent des résultats faux. On écrit $x^{x}=e^{x\ln x}$ sur $\R_+^*$, puis on dérive la composée. La règle générale : dès que l'exposant contient la variable, repassez à l'exponentielle.
c

Étude d'une fonction — les fonctions usuelles

Exigible Hyperboliques réciproques HP

Contenus

  • Détermination des symétries et des périodes afin de réduire le domaine d'étude ; tableau de variations ; tangentes ; asymptotes verticales et horizontales ; tracé.
  • Fonctions exponentielle, logarithme népérien, puissances ; croissances comparées ; relations $e^{x}\geqslant 1+x$ et $\ln(1+x)\leqslant x$.
  • Fonctions circulaires réciproques : Arcsin, Arccos, Arctan.
  • Fonctions hyperboliques : sh, ch, th.

Capacités & commentaires

  • Logarithme décimal et logarithme de base 2 : notations $\log$ et $\log_2$. Le logarithme de base 2 est signalé pour ses usages en informatique.
  • Les fonctions hyperboliques réciproques sont hors programme. Seule la relation $\operatorname{ch}^2 x-\operatorname{sh}^2 x=1$ est exigible.
En clair

Trois familles, et une méthode d'étude commune.

Exponentielle, logarithme, puissances. Rien de neuf, sauf que les croissances comparées deviennent un outil de calcul quotidien, et que les deux inégalités $e^x\geqslant 1+x$ et $\ln(1+x)\leqslant x$ sont explicitement exigibles. Elles se démontrent chacune en trois lignes par la méthode de la dérivée : étudiez $h(x)=e^x-1-x$ et concluez. Faites-le une fois, vous ne les oublierez plus.

Les circulaires réciproques. C'est le vrai contenu neuf de ce point, et le plus délicat. Le cosinus et le sinus ne sont pas injectifs sur $\R$ : pour les inverser, il faut restreindre. Le choix de l'intervalle de restriction est une convention, mais il n'est pas arbitraire — on prend le plus grand intervalle sur lequel la fonction est strictement monotone et contenant $0$ quand c'est possible.

Les hyperboliques. Le programme les demande, mais légèrement : leurs réciproques sont hors programme, et la seule relation exigible est $\operatorname{ch}^2-\operatorname{sh}^2=1$. Ne perdez pas de temps sur une trigonométrie hyperbolique complète — elle n'est pas demandée.

y = x exp ln 1 1 0 CROISSANCES COMPARÉES En +∞, pour α > 0 : ln x ≪ x^α ≪ e^x « le logarithme perd toujours, l'exponentielle gagne toujours » En 0⁺ : x^α ln x → 0 Les deux courbes sont symétriques par rapport à la droite y = x : c'est ce que signifie « réciproques ».
Le graphe d'une réciproque est le symétrique du graphe de départ par rapport à la première bissectrice. C'est vrai pour exp et ln, et ce sera vrai pour toutes les réciproques de ce chapitre : sachez le retrouver plutôt que mémoriser chaque tracé.
Les trois circulaires réciproques — le tableau à savoir $$\arcsin:[-1,1]\longrightarrow\left[-\tfrac{\pi}{2},\tfrac{\pi}{2}\right],\qquad \arccos:[-1,1]\longrightarrow[0,\pi],\qquad \arctan:\R\longrightarrow\left]-\tfrac{\pi}{2},\tfrac{\pi}{2}\right[$$

Leurs dérivées — toutes trois obtenues par la formule de la réciproque :

$$\arcsin'(x)=\frac{1}{\sqrt{1-x^{2}}}\qquad \arccos'(x)=\frac{-1}{\sqrt{1-x^{2}}}\qquad \arctan'(x)=\frac{1}{1+x^{2}}$$

Les deux premières ne sont définies que sur $]-1,1[$ : aux bornes $\pm1$, les tangentes sont verticales. La troisième est définie sur $\R$ tout entier, ce qui fait d'Arctan la plus commode des trois.

Les relations à connaître :

$$\arccos x+\arcsin x=\frac{\pi}{2}\quad (x\in[-1,1]) \qquad \arctan x+\arctan\frac{1}{x}=\varepsilon\frac{\pi}{2},\ \varepsilon=\operatorname{signe}(x)$$

Hyperboliques :

$$\operatorname{ch}x=\frac{e^{x}+e^{-x}}{2},\quad \operatorname{sh}x=\frac{e^{x}-e^{-x}}{2},\quad \operatorname{th}x=\frac{\operatorname{sh}x}{\operatorname{ch}x},\qquad \operatorname{ch}^{2}x-\operatorname{sh}^{2}x=1$$ $$\operatorname{ch}'=\operatorname{sh}\qquad \operatorname{sh}'=\operatorname{ch}\qquad \operatorname{th}'=1-\operatorname{th}^{2}=\frac{1}{\operatorname{ch}^{2}}$$

Notez qu'il n'y a pas de signe moins en dérivant $\operatorname{ch}$, contrairement au cosinus. C'est la différence la plus fréquemment oubliée.

y = π/2 y = −π/2 arctan pente 1 en 0 POURQUOI RESTREINDRE tan n'est pas injective sur ℝ : elle est π-périodique. On la restreint à ]−π/2, π/2[, où elle est strictement croissante et bijective sur ℝ. Sa réciproque, arctan, hérite de cet intervalle comme ensemble d'arrivée — d'où les deux asymptotes.
Arctan est impaire, strictement croissante, de dérivée $1$ en $0$, et bornée par $\pm\frac{\pi}{2}$ sans jamais atteindre ces valeurs. C'est la seule des trois qui soit définie et dérivable sur $\R$ tout entier — d'où sa présence dans presque tous les calculs de primitives.
Le piège classique : $\arcsin(\sin x)\neq x$ L'égalité $\arcsin(\sin x)=x$ n'est vraie que si $x\in\left[-\frac{\pi}{2},\frac{\pi}{2}\right]$. Pour $x=\frac{3\pi}{4}$, par exemple, $\sin x=\frac{\sqrt2}{2}$ et $\arcsin\!\left(\frac{\sqrt2}{2}\right)=\frac{\pi}{4}$, pas $\frac{3\pi}{4}$. En revanche $\sin(\arcsin y)=y$ est toujours vrai pour $y\in[-1,1]$. La règle : la composition « dans le bon sens » marche toujours, l'autre demande de vérifier que $x$ est dans l'intervalle de restriction. C'est un exercice de colle quasi certain.
Astuce : simplifier une expression avec Arcsin ou Arctan Devant $\cos(\arcsin x)$, posez $\theta=\arcsin x$. Alors $\sin\theta=x$ et, surtout, $\theta\in\left[-\frac{\pi}{2},\frac{\pi}{2}\right]$ donc $\cos\theta\geqslant0$. D'où $\cos\theta=\sqrt{1-x^2}$, sans ambiguïté de signe. Le raisonnement est toujours le même : nommer l'angle, écrire ce qu'on sait de lui, et surtout utiliser l'intervalle pour trancher le signe.
Le logarithme en base 2, signalé pour l'informatique $\log_2 x=\dfrac{\ln x}{\ln 2}$. Le programme le mentionne explicitement pour ses usages en informatique : c'est la fonction qui mesure le nombre de bits, la profondeur d'un arbre binaire équilibré, et la complexité d'une recherche dichotomique. Vous la retrouverez dès le premier semestre en cours d'informatique.
Ressources — dérivation et fonctions usuelles
d

Dérivation d'une fonction complexe d'une variable réelle

Exigible

Contenus

  • Dérivée d'une fonction à valeurs complexes.
  • Combinaison linéaire, produit, quotient.
  • Dérivée de $\exp(\varphi)$ où $\varphi$ est une fonction dérivable à valeurs complexes.

Capacités & commentaires

  • Brève extension des résultats précédents. Aucun résultat nouveau n'est démontré.
En clair

Un point court, mais dont dépend toute la partie B. Une fonction $f:I\to\C$ se dérive en dérivant séparément sa partie réelle et sa partie imaginaire : si $f=u+iv$, alors $f'=u'+iv'$. Toutes les règles de calcul survivent telles quelles.

Le seul résultat vraiment utile est le dernier, et il faut le connaître dans cette forme : pour $\lambda\in\C$ et $t$ réel,

$$\left(e^{\lambda t}\right)'=\lambda e^{\lambda t}$$

La formule est la même que dans le cas réel — c'est précisément ce qui va permettre de traiter les équations différentielles à coefficients complexes exactement comme les réelles, et de récupérer les solutions oscillantes en prenant partie réelle ou imaginaire à la fin.

Une chose disparaît en passant aux complexes : il n'y a plus de tableau de variations. $\C$ n'est pas ordonné. Une fonction à valeurs complexes n'est ni croissante, ni majorée — seul son module peut l'être. Le programme le signale en creux en ne parlant que de dérivation.

Piège Le théorème des accroissements finis, que vous verrez à la section 6, est faux pour les fonctions à valeurs complexes. Prenez $f(t)=e^{it}$ sur $[0,2\pi]$ : $f(2\pi)-f(0)=0$, mais $f'(t)=ie^{it}$ ne s'annule jamais. Seule l'inégalité des accroissements finis survivra. Retenez-le maintenant, ça évite une erreur classique au second semestre.

Partie BPrimitives et équations différentielles linéaires

C'est la partie que la physique attend. Elle a un objectif unique et parfaitement délimité : savoir résoudre, de façon systématique, les équations différentielles linéaires du premier ordre et celles du second ordre à coefficients constants. Tout le reste est au service de ça.

a

Calcul de primitives

Exigible Existence admise

Contenus

  • Primitives d'une fonction définie sur un intervalle à valeurs complexes.
  • Deux primitives d'une même fonction diffèrent d'une constante.
  • Primitives usuelles.
  • Primitive de $x\mapsto e^{\lambda x}$ pour $\lambda\in\C^{*}$.
  • Primitives de $x\mapsto\dfrac{1}{ax^{2}+bx+c}$.
  • Intégration par parties ; changement de variable.

Capacités & commentaires

  • L'existence de primitives d'une fonction continue est admise. Elle sera démontrée à la section « Intégration ».
  • Le programme insiste sur la nécessité de travailler sur un intervalle.
En clair

Le mot « intervalle » n'est pas décoratif. C'est la subtilité la plus souvent ratée du chapitre. « Deux primitives diffèrent d'une constante » n'est vrai que sur un intervalle. Sur $\R^*$, qui n'est pas un intervalle, la fonction $x\mapsto\frac1x$ admet pour primitives $\ln|x|+C_1$ sur $\R_-^*$ et $\ln|x|+C_2$ sur $\R_+^*$, avec deux constantes indépendantes. Écrire une seule constante est une erreur, et elle est sanctionnée.

Les primitives de $\frac{1}{ax^2+bx+c}$ se traitent par disjonction sur le discriminant : deux racines réelles distinctes, on décompose en éléments simples et on obtient des logarithmes ; une racine double, on obtient une puissance ; pas de racine réelle, on met sous forme canonique et on obtient un Arctan. Ce dernier cas est celui qui justifie qu'Arctan soit au programme.

Intégration par parties et changement de variable sont les deux seules techniques générales. La première sert quand le produit contient un facteur qui se simplifie en dérivant ($\ln$, un polynôme, une réciproque circulaire). La seconde sert quand on reconnaît une composée.

Le tableau des primitives usuelles $$\int x^{\alpha}\,\mathrm{d}x=\frac{x^{\alpha+1}}{\alpha+1}\ (\alpha\neq-1) \qquad \int \frac{\mathrm{d}x}{x}=\ln|x| \qquad \int e^{\lambda x}\,\mathrm{d}x=\frac{e^{\lambda x}}{\lambda}\ (\lambda\in\C^{*})$$ $$\int \frac{\mathrm{d}x}{1+x^{2}}=\arctan x \qquad \int \frac{\mathrm{d}x}{\sqrt{1-x^{2}}}=\arcsin x \qquad \int \tan x\,\mathrm{d}x=-\ln|\cos x|$$

Les formes composées, qu'il faut reconnaître d'un coup d'œil :

$$\int \frac{u'}{u}=\ln|u| \qquad \int u'u^{\alpha}=\frac{u^{\alpha+1}}{\alpha+1}\qquad \int u'e^{u}=e^{u}\qquad \int \frac{u'}{1+u^{2}}=\arctan u$$

Les deux techniques :

$$\int_a^b u'v = \big[uv\big]_a^b-\int_a^b uv' \qquad\qquad \int_a^b f\big(\varphi(t)\big)\varphi'(t)\,\mathrm{d}t=\int_{\varphi(a)}^{\varphi(b)} f(x)\,\mathrm{d}x$$

Dans un changement de variable, n'oubliez jamais de changer aussi les bornes et l'élément différentiel. Les trois vont ensemble ; en oublier un donne un résultat faux sans aucun signal d'alarme.

Astuce : la primitive complexe qui remplace deux intégrations par parties Pour calculer $\displaystyle\int e^{ax}\cos(bx)\,\mathrm{d}x$, la méthode scolaire enchaîne deux intégrations par parties et une résolution d'équation. La méthode de prépa consiste à écrire $e^{ax}\cos(bx)=\mathrm{Re}\big(e^{(a+ib)x}\big)$, à primitiver en une ligne grâce à $\int e^{\lambda x}=\frac{e^{\lambda x}}{\lambda}$, puis à reprendre la partie réelle. C'est exactement pour permettre ce calcul que le programme met $\lambda$ complexe dans la liste des primitives usuelles. Faites-le une fois, vous n'y reviendrez plus.
Piège $\int\frac{\mathrm{d}x}{x}=\ln|x|$, avec la valeur absolue. L'oublier donne une expression non définie sur $\R_-^*$, et c'est une erreur repérée immédiatement. Même remarque pour $\int\tan$.
b

Équations différentielles linéaires du premier ordre

Exigible

Contenus

  • Équation $y'+a(x)y=b(x)$, où $a$ et $b$ sont continues sur un intervalle $I$ à valeurs réelles ou complexes.
  • Équation homogène associée ; forme des solutions.
  • Principe de superposition.
  • Méthode de la variation de la constante.
  • Existence et unicité de la solution d'un problème de Cauchy.

Capacités & commentaires

  • L'ensemble des solutions de l'équation homogène est l'ensemble des $x\mapsto\lambda e^{-A(x)}$, où $A$ est une primitive de $a$ sur $I$.
  • La solution générale est la somme d'une solution particulière et de la solution générale de l'équation homogène.
En clair

Une méthode en trois temps, à appliquer mécaniquement.

1. Résoudre l'homogène. $y'+a(x)y=0$ a pour solutions $x\mapsto\lambda e^{-A(x)}$, où $A$ est n'importe quelle primitive de $a$ sur l'intervalle $I$. Changer de primitive revient à changer $\lambda$ : c'est sans effet.

2. Trouver une solution particulière. Soit elle est évidente ou donnée par l'énoncé, soit on applique le principe de superposition si le second membre est une somme, soit on utilise la variation de la constante : on cherche une solution sous la forme $y(x)=\lambda(x)e^{-A(x)}$, on injecte, et tout se simplifie pour ne laisser qu'une primitive à calculer.

3. Additionner et, s'il y a une condition initiale, déterminer $\lambda$.

La structure est ce qu'il faut retenir, plus que la technique : solution générale = une solution particulière + toutes les solutions de l'homogène. Vous avez déjà rencontré cette forme aux racines $n$-ièmes du chapitre 3 (une racine particulière multipliée par $\U_n$), vous la retrouverez pour les systèmes linéaires au chapitre 9, et vous comprendrez pourquoi au chapitre 12 : l'ensemble des solutions est un sous-espace affine, de direction l'espace des solutions homogènes.

espace des fonctions solutions de l'homogène 0 toutes les solutions y₀ — une solution particulière Solution générale = y₀ + solution homogène La droite des solutions n'est pas parallèle par hasard : c'est la translatée de la droite homogène par n'importe laquelle de ses solutions. Un sous-espace affine.
La même image vaudra pour les systèmes linéaires, les suites récurrentes linéaires et le théorème du rang. Reconnaître cette structure dès maintenant fait gagner beaucoup de temps au second semestre.
À savoir de tête

Solutions de l'équation homogène $y'+a(x)y=0$ sur un intervalle $I$ :

$$y(x)=\lambda\,e^{-A(x)},\qquad \lambda\in\K,\quad A \text{ primitive de } a \text{ sur } I$$

Principe de superposition — si $y_1$ résout avec second membre $b_1$ et $y_2$ avec $b_2$, alors $\alpha y_1+\beta y_2$ résout avec $\alpha b_1+\beta b_2$.

Problème de Cauchy : pour tout $(x_0,y_0)\in I\times\K$, il existe une unique solution vérifiant $y(x_0)=y_0$.

L'unicité est ce qui donne son sens physique au modèle : l'état initial détermine toute l'évolution. C'est aussi ce qui permet, en pratique, de conclure qu'une solution trouvée est la solution.

Piège de forme L'équation doit d'abord être mise sous forme résolue : $y'+a(x)y=b(x)$, avec le coefficient $1$ devant $y'$. Devant $x\,y'+y=\ln x$, on divise par $x$ — ce qui n'est licite que sur un intervalle ne contenant pas $0$. Il faut alors résoudre séparément sur $\R_+^*$ et sur $\R_-^*$, et le raccordement en $0$, s'il est demandé, est une question à part entière.
c

Équations différentielles linéaires du second ordre à coefficients constants

Exigible Unicité admise

Contenus

  • Équation $y''+ay'+by=f(x)$, où $a,b$ sont des scalaires et $f$ une application continue à valeurs dans $\K$.
  • Équation caractéristique ; forme des solutions de l'équation homogène.
  • Principe de superposition.
  • Solution particulière lorsque $f$ est de la forme $x\mapsto Ae^{\lambda x}$ avec $(A,\lambda)\in\C^2$, ou $x\mapsto B\cos(\omega x)$, ou $x\mapsto B\sin(\omega x)$.
  • Existence et unicité de la solution d'un problème de Cauchy.

Capacités & commentaires

  • Cas où $\K=\R$ et où le polynôme caractéristique a deux racines complexes conjuguées : on donne la forme réelle des solutions.
  • Solution particulière avec second membre polynomial.
  • L'unicité de la solution du problème de Cauchy est admise.
En clair

La méthode est encore en trois temps, mais l'homogène passe par une équation du second degré — celle du chapitre 3.

1. L'équation caractéristique $r^2+ar+b=0$. On la résout dans $\C$, et sa nature détermine la forme des solutions. Trois cas dans $\R$, deux cas seulement dans $\C$.

2. Une solution particulière. On la cherche « de la même forme que le second membre », en tenant compte d'une éventuelle résonance : si $\lambda$ est racine de l'équation caractéristique, il faut multiplier l'essai par $x$ — et par $x^2$ si $\lambda$ est racine double. C'est le seul point technique du paragraphe, et c'est celui qui tombe.

3. On additionne, et les deux conditions initiales — $y(x_0)$ et $y'(x_0)$, cette fois — déterminent les deux constantes.

Pourquoi la physique adore ce paragraphe. $y''+2\lambda y'+\omega_0^2 y=0$ est l'oscillateur amorti : les trois cas de l'équation caractéristique sont exactement les régimes apériodique, critique et pseudo-périodique. Et le second membre $B\cos(\omega x)$ est le régime sinusoïdal forcé, avec la résonance qui correspond au cas où $i\omega$ est racine. Vous verrez ces trois régimes en physique avant même de les avoir démontrés ici.

La bonne méthode pour un second membre trigonométrique ne consiste pas à chercher $\alpha\cos(\omega x)+\beta\sin(\omega x)$ à l'aveugle : on écrit $\cos(\omega x)=\mathrm{Re}\big(e^{i\omega x}\big)$, on résout avec le second membre exponentiel — bien plus simple — et on prend la partie réelle à la fin. C'est le même geste qu'au chapitre 3, et c'est la raison pour laquelle le programme autorise $\lambda$ complexe.

Les trois cas de l'équation homogène — à connaître sans hésitation

Équation caractéristique de $y''+ay'+by=0$ : $\ r^{2}+ar+b=0$, de discriminant $\Delta$.

Dans $\C$, ou dans $\R$ avec $\Delta>0$ — deux racines distinctes $r_1\neq r_2$ :

$$y(x)=\lambda e^{r_1 x}+\mu e^{r_2 x}$$

Racine double $r$ (cas $\Delta=0$) :

$$y(x)=(\lambda x+\mu)\,e^{r x}$$

Dans $\R$ avec $\Delta<0$ — racines conjuguées $\alpha\pm i\beta$ ; c'est la forme réelle, celle que le programme demande :

$$y(x)=e^{\alpha x}\big(\lambda\cos(\beta x)+\mu\sin(\beta x)\big)$$

Elle s'écrit aussi $C e^{\alpha x}\cos(\beta x-\varphi)$ — c'est la transformation $a\cos+b\sin$ du chapitre 3, et c'est sous cette forme que la physique lit l'amplitude et la phase.

Recherche d'une solution particulière pour $f(x)=P(x)e^{\lambda x}$, avec $P$ polynomial de degré $d$ :

$$\text{on cherche } y_0(x)=x^{m}Q(x)e^{\lambda x},\quad \deg Q=d,\quad m=\begin{cases}0 & \text{si } \lambda \text{ n'est pas racine}\\ 1 & \text{si } \lambda \text{ est racine simple}\\ 2 & \text{si } \lambda \text{ est racine double}\end{cases}$$

Le cas $\lambda=0$ redonne le second membre polynomial, mentionné à part dans le programme. Le cas $m\geqslant1$ est la résonance.

Le piège qui coûte le problème entier Oublier de multiplier par $x$ en cas de résonance. Si vous cherchez une solution particulière en $Ae^{\lambda x}$ alors que $\lambda$ est racine de l'équation caractéristique, l'identification donne $0=A$, donc une impasse — et beaucoup d'étudiants concluent alors qu'ils se sont trompés ailleurs. Le réflexe : avant de choisir la forme de l'essai, comparez $\lambda$ aux racines de l'équation caractéristique.
Astuce : vérifier en dix secondes Une fois la solution trouvée, réinjectez-la dans l'équation, au moins mentalement sur le terme dominant. Une erreur de signe dans l'équation caractéristique se voit immédiatement. Sur un devoir où la suite du problème repose sur cette solution, ces dix secondes valent plusieurs points.
Ressources — primitives et équations différentielles

Les limitesCe qui n'est pas au programme dans ce chapitre

NotionStatutCommentaire
Fonctions hyperboliques réciproquesHors programmeArgsh, Argch, Argth ne figurent nulle part dans le programme de MP2I. Seule $\operatorname{ch}^2-\operatorname{sh}^2=1$ est exigible.
Théorie des fonctions de plusieurs variablesHors programme iciLes dérivées partielles ne sont vues que sur des exemples simples, pour la physique. Continuité, différentiabilité et théorème de Schwarz sont renvoyés à la section 20, où la différentiabilité elle-même reste hors programme.
Équations différentielles non linéairesHors programmeVariables séparables, Bernoulli, Riccati : rien de tout cela. Le programme dit « linéaires », et s'y tient.
Second ordre à coefficients non constantsHors programmeLe second ordre est traité uniquement à coefficients constants.
Systèmes différentielsHors programmeIls relèvent de la seconde année.
Démonstrations de dérivabilité et d'intégrationAdmis iciRolle, accroissements finis, existence de primitives : tout est admis dans cette section et démontré aux sections 6 et 15.
Wronskien, méthode de variation des constantes au 2d ordreHors programmeAu second ordre, on ne cherche des solutions particulières que pour les formes listées dans le programme.

Pour ce chapitre précisémentOutils utiles

C'est le chapitre où la vérification machine sert le plus, parce que c'est le chapitre le plus calculatoire de l'année. Deux règles : on vérifie après avoir calculé, et on ne recopie jamais une primitive qu'on ne saurait pas retrouver.

  • VérifierXcasdiff, integrate, desolve, simplify. Libre, gratuit, avec une version dans le navigateur.
  • VérifierSymPy dans Python — sympy.integrate(f, x), sympy.dsolve(eq). Pratique si vous travaillez déjà dans un carnet Jupyter.
  • VoirDesmos — un curseur sur un paramètre, et vous voyez la famille de solutions bouger. Le meilleur moyen de comprendre ce que signifie « une constante d'intégration ».
  • VoirGeoGebra — champs de vecteurs et courbes intégrales, pour visualiser qu'une condition initiale sélectionne une seule courbe parmi la famille.
  • RéviserAnki — le tableau des primitives usuelles et les trois cas de l'équation caractéristique sont exactement le type de contenu que la répétition espacée fixe le mieux.

Le détail des installations est sur la page Outils, logiciels, matériel.

Histoire

Les équations différentielles avant la théorie

Leibniz (1646–1716) · les Bernoulli · Euler (1707–1783) · Cauchy (1789–1857)

La notation $\int$ et le $\mathrm{d}x$ que vous écrivez sont de Leibniz, qui les introduit dans les années 1670 — le $\int$ est un S allongé, pour summa. Le mot « intégrale » vient de Jacob Bernoulli. Pendant plus d'un siècle, on résout des équations différentielles sans avoir défini proprement ce qu'est une fonction, une limite, ni même une solution : Euler, à lui seul, met au point l'essentiel des méthodes de ce chapitre, dont l'équation caractéristique du second ordre, vers 1740.

Ce n'est qu'avec Cauchy, dans les années 1820, qu'apparaît la question qui donne son nom à votre « problème de Cauchy » : étant donné une équation et une condition initiale, la solution existe-t-elle, et est-elle unique ? Il faut attendre encore un demi-siècle pour une réponse générale, avec le théorème de Cauchy-Lipschitz.

Cet ordre — d'abord calculer, ensuite fonder — est exactement celui que votre programme reproduit dans l'année. Ce chapitre est Euler ; la section 6 et la section 15 seront Cauchy.