Programme › Premier semestre › Section 9

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Calcul matriciel et systèmes linéaires

Le pivot du chapitre 2, cette fois écrit en matrices. C'est un chapitre volontairement calculatoire : la théorie viendra au second semestre, ici on installe les gestes et le vocabulaire.

Champ Algèbre Semestre 1 Points a → d Consigne officielle Toute technicité exclue Reprise au ch. 13

Ce que dit le programme sur cette section

Un premier contact concret avec l'algèbre linéaire

  • Introduire le calcul matriciel pour lui-même, avant toute théorie des espaces vectoriels.
  • Systématiser la résolution des systèmes linéaires par l'algorithme du pivot, en toute taille cette fois — le chapitre 2 se limitait à deux ou trois inconnues.
  • Une consigne explicite du texte officiel : toute technicité est exclue. On ne cherche ni les cas pathologiques, ni les calculs monstrueux. L'objectif est la maîtrise des mécanismes.
  • La notion d'espace vectoriel n'étant pas encore disponible, tout est présenté en termes de calcul. Le sens profond — matrice d'une application linéaire, rang, équivalence — arrive au chapitre 13.

Ce découpage en deux temps est délibéré et vaut la peine d'être compris : vous apprenez d'abord à manier l'outil, vous saurez ensuite ce qu'il représente. Beaucoup d'étudiants trouvent ce chapitre aride pour cette raison ; il devient lumineux rétrospectivement en février.

a

Matrices et opérations

Exigible

Contenus

  • Ensemble $\mathcal{M}_{n,p}(\K)$ des matrices à $n$ lignes et $p$ colonnes.
  • Matrices élémentaires $E_{i,j}$.
  • Somme, produit par un scalaire.
  • Produit matriciel ; associativité, distributivité.
  • Transposée ; transposée d'un produit.

Capacités & commentaires

  • Notations $A=(a_{i,j})$, $\mathcal{M}_{n}(\K)$ pour les matrices carrées.
  • Notations $A^{\mathsf{T}}$ ou ${}^{\mathsf{t}}A$.
  • Le produit $AB$ n'est défini que si le nombre de colonnes de $A$ égale le nombre de lignes de $B$.
En clair

Le produit matriciel est le seul point réellement nouveau, et il est contre-intuitif la première semaine. Le coefficient en position $(i,j)$ du produit s'obtient en faisant glisser la ligne $i$ de $A$ sur la colonne $j$ de $B$ : on multiplie terme à terme et on somme. « Ligne par colonne » — le mnémotechnique tient en trois mots, mais la coordination des indices demande de la pratique.

La condition de compatibilité découle de cette mécanique : pour glisser une ligne de $A$ sur une colonne de $B$, il faut qu'elles aient la même longueur. D'où la règle des formats : $\mathcal{M}_{n,p}\times\mathcal{M}_{p,q}\to\mathcal{M}_{n,q}$. Écrire les formats sous les matrices avant de multiplier évite la moitié des erreurs.

Les matrices élémentaires $E_{i,j}$ — des zéros partout sauf un $1$ en position $(i,j)$ — paraissent anecdotiques. Elles sont en réalité l'outil de démonstration privilégié du chapitre : toute matrice s'écrit comme combinaison des $E_{i,j}$, et la relation $E_{i,j}E_{k,l}=\delta_{j,k}E_{i,l}$ permet de démontrer par le calcul des énoncés qui semblent abstraits — par exemple caractériser les matrices qui commutent avec toutes les autres.

La transposée échange lignes et colonnes. Sa seule subtilité est le renversement dans le produit : $(AB)^{\mathsf{T}}=B^{\mathsf{T}}A^{\mathsf{T}}$. C'est le troisième renversement de l'année, après celui des bijections réciproques du chapitre 1 et celui de l'inverse d'un produit au chapitre 8 — la même idée à chaque fois.

PRODUIT LIGNE PAR COLONNE — DISPOSITION DE FALK B b₁ⱼ b₂ⱼ b₃ⱼ colonne j A aᵢ₁ aᵢ₂ aᵢ₃ ligne i AB cᵢⱼ cᵢⱼ = aᵢ₁b₁ⱼ + aᵢ₂b₂ⱼ + aᵢ₃b₃ⱼ la ligne i glisse sur la colonne j — d'où la contrainte de format
En disposant $B$ au-dessus et $A$ à gauche, le coefficient du produit se lit à l'intersection de la ligne et de la colonne qui le fabriquent. C'est la présentation la plus sûre pour un calcul à la main, et elle rend la contrainte de format évidente.
À savoir de tête $$\big(AB\big)_{i,j}=\sum_{k=1}^{p} a_{i,k}\,b_{k,j} \qquad \mathcal{M}_{n,p}(\K)\times\mathcal{M}_{p,q}(\K)\longrightarrow\mathcal{M}_{n,q}(\K)$$

Transposée, et le renversement du produit :

$$\big(A^{\mathsf{T}}\big)_{i,j}=a_{j,i} \qquad \big(A+B\big)^{\mathsf{T}}=A^{\mathsf{T}}+B^{\mathsf{T}} \qquad \big(AB\big)^{\mathsf{T}}=B^{\mathsf{T}}A^{\mathsf{T}}$$

Matrices élémentaires — la relation qui sert à tout démontrer :

$$E_{i,j}\,E_{k,l}=\delta_{j,k}\,E_{i,l} \qquad\text{où}\quad \delta_{j,k}=\begin{cases}1 & \text{si } j=k\\ 0 & \text{sinon}\end{cases}$$
Le piège fondateur Le produit matriciel n'est pas commutatif. $AB$ et $BA$ peuvent avoir des formats différents, et même en carré ils diffèrent en général. Tout ce que vous savez du calcul dans $\R$ doit être réexaminé : $(A+B)^2\neq A^2+2AB+B^2$, $A^2-B^2\neq(A-B)(A+B)$. Ces identités ne redeviennent vraies que si $AB=BA$ — c'est exactement la condition annoncée au chapitre 8.
Deuxième piège $\mathcal{M}_n(\K)$ n'est pas intègre : $AB=0$ n'entraîne ni $A=0$ ni $B=0$. Vous ne pouvez donc pas « simplifier » une équation matricielle : de $AB=AC$ on ne tire $B=C$ que si $A$ est inversible.
b

Opérations élémentaires

Exigible Algorithme

Contenus

  • Opérations élémentaires sur les lignes et sur les colonnes.
  • Traduction de ces opérations en termes de produit par des matrices inversibles.

Capacités & commentaires

  • Notations $L_i\leftrightarrow L_j$, $L_i\leftarrow\lambda L_i$ ($\lambda\neq0$), $L_i\leftarrow L_i+\lambda L_j$ ; de même pour les colonnes.
  • Opérer sur les lignes revient à multiplier à gauche, sur les colonnes à droite.
En clair

Vous connaissez les trois opérations depuis le chapitre 2. Ce qui est neuf, c'est qu'elles s'écrivent : chaque opération élémentaire sur les lignes de $A$ revient à remplacer $A$ par $PA$, où $P$ est une matrice inversible explicite.

Cette traduction a une conséquence théorique importante, et c'est elle qu'il faut retenir : puisque $P$ est inversible, elle ne change ni le noyau, ni le rang, ni l'ensemble des solutions du système associé. C'est la justification du pivot — et elle sera reprise telle quelle au chapitre 13, où les opérations élémentaires deviendront un outil de démonstration.

Le côté de la multiplication encode la nature de l'opération : à gauche pour les lignes, à droite pour les colonnes. La règle se retrouve plutôt qu'elle ne s'apprend — dans $PA$, chaque ligne du résultat est une combinaison des lignes de $A$.

À savoir de tête $$L_i\leftrightarrow L_j \qquad L_i\leftarrow\lambda L_i\ (\lambda\neq0) \qquad L_i\leftarrow L_i+\lambda L_j\ (i\neq j)$$ $$\text{opération sur les lignes} \;\longleftrightarrow\; A\mapsto PA \qquad \text{sur les colonnes} \;\longleftrightarrow\; A\mapsto AQ$$

Les matrices $P$ et $Q$ sont inversibles : c'est ce qui garantit qu'on ne perd ni ne gagne de solutions au passage.

Astuce de rédaction Notez l'opération effectuée à droite de chaque ligne modifiée, à chaque étape. Un pivot sans annotations est illisible, et les points de méthode — qui sont nombreux — ne peuvent pas vous être accordés. C'est aussi votre seul moyen de retrouver une erreur sans tout refaire.
c

Systèmes linéaires

Exigible Pivot de Gauss

Contenus

  • Écriture matricielle $AX=B$ d'un système linéaire.
  • Système homogène associé.
  • Compatibilité ; structure de l'ensemble des solutions.
  • Résolution par l'algorithme du pivot ; forme échelonnée.
  • Inconnues principales et inconnues secondaires.

Capacités & commentaires

  • Toute technicité est exclue.
  • Si le système est compatible, l'ensemble des solutions est l'ensemble des $X_0+X_h$, où $X_0$ est une solution particulière et $X_h$ décrit les solutions du système homogène.
En clair

La structure des solutions est la même qu'au chapitre 4, et il faut la reconnaître : une solution particulière plus toutes les solutions du problème homogène. C'était vrai pour les équations différentielles linéaires, pour les racines $n$-ièmes du chapitre 3, ce sera vrai pour les récurrences linéaires. Le chapitre 12 dira pourquoi : l'ensemble des solutions est un sous-espace affine, de direction l'espace des solutions homogènes.

Le pivot conduit à une forme échelonnée, et c'est cette forme qui répond à toutes les questions d'un coup :

  • une ligne du type « $0=c$ » avec $c$ non nul : le système est incompatible, il n'y a aucune solution ;
  • sinon, chaque pivot détermine une inconnue principale, exprimée en fonction des autres ;
  • les colonnes sans pivot correspondent aux inconnues secondaires, qui sont des paramètres libres ;
  • le nombre de paramètres est le nombre d'inconnues moins le nombre de pivots — c'est-à-dire, avec le vocabulaire du chapitre 13, moins le rang.

Quand il y a autant d'équations que d'inconnues et autant de pivots, le système a une solution unique : c'est un système de Cramer. Les trois configurations géométriques dessinées au chapitre 2 — un point, une droite, rien — sont exactement ces trois cas.

FORME ÉCHELONNÉE — CE QUE CHAQUE PARTIE VOUS DIT B A échelonnée 1 1 1 0 000 00000 c principales secondaires (paramètres libres) LECTURE 3 pivots → 3 inconnues principales 5 inconnues − 3 pivots = 2 → 2 paramètres libres dernière ligne : 0 = c si c ≠ 0, aucune solution ; si c = 0, la ligne ne dit rien et on la supprime. Le nombre de pivots s'appellera le rang au chapitre 13.
Tout se lit sur la forme échelonnée : compatibilité par la dernière ligne, nombre de paramètres par la différence entre inconnues et pivots. Le pivot n'est pas seulement une méthode de calcul, c'est un instrument de diagnostic.
À savoir de tête

Écriture matricielle et structure des solutions :

$$AX=B \qquad\text{avec } A\in\mathcal{M}_{n,p}(\K),\ X\in\mathcal{M}_{p,1}(\K),\ B\in\mathcal{M}_{n,1}(\K)$$ $$\mathcal{S}=\varnothing \quad\text{ou}\quad \mathcal{S}=\big\{X_0+X_h \ \big|\ AX_h=0\big\}$$

Une solution particulière, plus toutes les solutions homogènes. La même phrase qu'au chapitre 4.

Nombre de paramètres de la solution générale :

$$\text{nombre d'inconnues} \;-\; \text{nombre de pivots}$$
Piège Devant un système à paramètre, le pivot impose une disjonction de cas : on ne divise jamais par une expression sans discuter de son annulation. C'est là que se joue la note, et c'est le premier vrai emploi du raisonnement par disjonction de cas du chapitre 1.
d

L'anneau des matrices carrées — inversibilité

Exigible

Contenus

  • $\mathcal{M}_n(\K)$ est un anneau ; non-commutativité, diviseurs de zéro, matrices nilpotentes.
  • Matrice identité $I_n$ ; matrices diagonales, triangulaires, symétriques, antisymétriques.
  • Formule du binôme pour deux matrices qui commutent.
  • Matrices inversibles ; groupe linéaire $\mathrm{GL}_n(\K)$.
  • Calcul de l'inverse par la méthode du pivot.
  • Inversibilité des matrices triangulaires.

Capacités & commentaires

  • $\mathrm{GL}_n(\K)$ est le groupe des inversibles de l'anneau $\mathcal{M}_n(\K)$ — le vocabulaire du chapitre 8 s'applique directement.
  • Une matrice triangulaire est inversible si et seulement si ses coefficients diagonaux sont tous non nuls.
  • $(AB)^{-1}=B^{-1}A^{-1}$.
En clair

Ce point est l'illustration principale du chapitre 8. $\mathcal{M}_n(\K)$ est un anneau — donc tout le vocabulaire s'applique — mais un anneau non commutatif et non intègre. C'est l'exemple qu'il faut avoir en tête chaque fois qu'un énoncé d'algèbre générale précise « commutatif » ou « intègre » : sans ces hypothèses, c'est de matrices qu'on parle.

Calculer $A^n$ : trois méthodes, à essayer dans cet ordre. Reconnaître une matrice nilpotente — c'est-à-dire telle qu'une puissance soit nulle — auquel cas la suite des puissances s'arrête. Écrire $A=\lambda I_n+N$ avec $N$ nilpotente et appliquer le binôme, licite parce que $\lambda I_n$ commute avec tout : la somme est alors finie. Ou conjecturer la forme de $A^n$ sur les premières puissances et démontrer par récurrence. La diagonalisation, qui règle le problème en deuxième année, n'est pas encore disponible.

Inverser par le pivot est la méthode générale : on écrit $A$ et $I_n$ côte à côte, on applique les mêmes opérations élémentaires jusqu'à transformer $A$ en $I_n$, et $I_n$ est devenue $A^{-1}$. La justification est immédiate avec le point b : chaque opération multiplie à gauche par une matrice inversible, et à la fin le produit de toutes vaut $A^{-1}$.

Une remarque qui fait gagner du temps : en dimension finie, il suffit de vérifier $AB=I_n$ pour conclure que $A$ et $B$ sont inversibles et inverses l'une de l'autre. Un seul des deux produits suffit — mais ce résultat sera démontré au chapitre 13, avec le théorème du rang.

À savoir de tête

Le vocabulaire des matrices carrées :

$$A \text{ symétrique} \iff A^{\mathsf{T}}=A \qquad A \text{ antisymétrique} \iff A^{\mathsf{T}}=-A$$ $$N \text{ nilpotente} \iff \exists k\in\N^{*},\ N^{k}=0$$

Binôme dans $\mathcal{M}_n(\K)$, uniquement si $AB=BA$ :

$$(A+B)^{n}=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}A^{k}B^{\,n-k}$$

Application type : $A=\lambda I_n+N$ avec $N^{p}=0$. Le binôme n'a alors que $p$ termes non nuls, quel que soit $n$.

Inversibilité :

$$\mathrm{GL}_n(\K)=\mathcal{M}_n(\K)^{\times} \qquad (AB)^{-1}=B^{-1}A^{-1} \qquad \big(A^{\mathsf{T}}\big)^{-1}=\big(A^{-1}\big)^{\mathsf{T}}$$

Matrices triangulaires :

$$T \text{ triangulaire inversible} \iff \forall i,\ t_{i,i}\neq0$$
Astuce Avant tout calcul de puissance, testez si $A-\lambda I_n$ est nilpotente pour une valeur simple de $\lambda$ — souvent lisible sur la diagonale. Si $A$ est triangulaire avec une diagonale constante, la réponse est oui, et le binôme règle le problème en quatre lignes. C'est l'exercice le plus fréquent du chapitre.
Piège Il n'existe pas de « division matricielle ». $\dfrac{A}{B}$ n'a aucun sens : $AB^{-1}$ et $B^{-1}A$ sont deux matrices différentes. Écrivez toujours l'inverse explicitement, du bon côté.

Les limitesCe qui n'est pas encore au programme

NotionStatutCommentaire
Matrice d'une application linéaireChapitre 13Ici, une matrice est un tableau de nombres muni d'opérations, rien de plus. Le sens vient au second semestre.
Rang d'une matriceChapitre 13On compte les pivots, on ne les nomme pas encore. La formule du rang et l'équivalence des matrices relèvent du chapitre 13.
DéterminantChapitre 14L'inversibilité se teste ici par le pivot, jamais par un déterminant.
TraceChapitre 13Elle apparaît avec les matrices semblables.
Diagonalisation, valeurs propresDeuxième annéeLe calcul de $A^{n}$ se fait par nilpotence, binôme ou récurrence.
Décompositions LU, QRHors programmeSeul le pivot est au programme, sous sa forme élémentaire.
Technicité calculatoireExclueLe texte officiel l'écrit noir sur blanc : les systèmes servent à comprendre un mécanisme, pas à éprouver l'endurance.

Pour ce chapitre précisémentOutils utiles

C'est le chapitre où la vérification machine est la plus utile, parce que les erreurs de calcul y sont silencieuses : un pivot faux produit un résultat parfaitement crédible.

  • VérifierXcasrref pour la forme échelonnée réduite, inv pour l'inverse, rank. Faites le pivot à la main, puis comparez : c'est le meilleur moyen de repérer vous vous trompez.
  • VérifierNumPynumpy.linalg.matrix_power(A, n) pour contrôler une conjecture sur $A^{n}$ avant de la démontrer par récurrence. Attention aux erreurs d'arrondi : préférez SymPy pour du calcul exact.
  • CoderPython — implémentez vous-même le produit matriciel avec trois boucles imbriquées. Vous ne confondrez plus jamais l'ordre des indices, et c'est un exercice classique du cours d'informatique.
  • Voir3Blue1Brown — « Essence of linear algebra » : ce que le programme vous demande d'admettre pour l'instant, à savoir qu'une matrice représente une transformation, y est montré. À regarder maintenant, en sachant que c'est une avance sur le chapitre 13.
  • VoirGeoGebra 3D — pour revoir les trois configurations d'intersection de plans du chapitre 2, cette fois avec le vocabulaire des pivots.

Le détail des installations est sur la page Outils, logiciels, matériel.

Travailler ce chapitreRessources

Histoire

Les tableaux avant les matrices, et le produit avant sa raison d'être

Les Neuf Chapitres (Chine, ~200 av. J.-C.) · Gauss (1810) · Cayley (1858) · Sylvester (1850)

Les tableaux de coefficients et l'élimination sont chinois, comme on l'a vu au chapitre 2 : le huitième des Neuf Chapitres pose déjà des matrices augmentées et les échelonne à l'aide de bâtons de calcul. Ce qui manque pendant deux millénaires, ce n'est pas la technique, c'est l'idée que le tableau lui-même soit un objet qu'on puisse additionner et multiplier.

Le mot « matrice » est de James Joseph Sylvester, en 1850 — il désigne d'abord la « matrice » d'où l'on extrait des déterminants, dans le sens de moule ou de matrice au sens obstétrical. C'est son ami Arthur Cayley qui, en 1858, définit le produit matriciel tel que vous l'écrivez, avec sa règle ligne-par-colonne apparemment arbitraire. Elle ne l'est pas : elle est choisie pour que la composition de deux transformations linéaires corresponde au produit de leurs matrices.

Autrement dit, la définition que vous apprenez ici sans justification en a une, et elle vous sera donnée au chapitre 13. Votre cours reproduit exactement le désordre historique : le calcul d'abord, le sens ensuite.