Le chapitre qui rembourse la dette du chapitre 04. Tout ce qui y avait été admis se démontre ici, à partir de la seule propriété de la borne supérieure. C'est aussi le réservoir de théorèmes le plus utilisé de toute l'année.
Champ AnalyseSemestre 1Parties A · B · CRepose sur Section 5Démonstrations Exigibles
Ce que dit le programme sur cette section
Passer des suites aux fonctions, et fonder ce qui servait déjà
Étendre aux fonctions l'étude des limites menée sur les suites à la section 5, en s'appuyant sur la caractérisation séquentielle : elle permet de transporter presque tous les résultats sans les redémontrer.
Démontrer les grands théorèmes de l'analyse réelle sur un intervalle : valeurs intermédiaires, bornes atteintes, théorème de la bijection, Rolle, accroissements finis.
Introduire la convexité, avec son interprétation géométrique.
Les fonctions considérées sont à valeurs réelles ou complexes ; les résultats liés à l'ordre ne valent évidemment que dans le cas réel.
C'est le chapitre où le travail de mémorisation est le plus rentable de l'année : une dizaine de théorèmes, énoncés courts, hypothèses précises, démonstrations de dix lignes. Ils tombent en colle toute l'année, et aux concours pendant deux ans.
Le réflexe que ce chapitre doit installer
Chaque théorème a des hypothèses distinctes, et le correcteur vérifie qu'on les cite. Continuité sur un segment pour les bornes atteintes. Continuité sur un intervalle pour les valeurs intermédiaires. Continuité sur $[a,b]$ et dérivabilité sur $]a,b[$ pour Rolle et les accroissements finis — l'asymétrie ouvert/fermé n'est pas une coquetterie, elle est indispensable. Écrivez les hypothèses avant d'appliquer.
Partie ALimites et continuité
La caractérisation séquentielle est la clé de voûte : elle ramène tout ce qui concerne les limites de fonctions à ce qui a été démontré sur les suites au chapitre précédent.
a
Limite d'une fonction en un point
Exigible
Contenus
Limite finie ou infinie en un point, en $+\infty$, en $-\infty$ ; unicité.
Limite à droite, limite à gauche.
Caractérisation séquentielle de la limite.
Opérations sur les limites : combinaison linéaire, produit, quotient, composition.
Stabilité des inégalités larges ; théorème d'encadrement.
Théorème de la limite monotone pour les fonctions.
Extension au cas où $f$ est définie sur $I\setminus\{a\}$.
La caractérisation séquentielle sert surtout à démontrer qu'une limite n'existe pas.
En clair
La définition est la même que pour les suites, à ceci près que le « rang $N$ » devient un « voisinage de $a$ » : au lieu de dire « à partir d'un certain rang », on dit « pour $x$ assez proche de $a$ ». Le squelette logique est identique, et c'est délibéré.
La caractérisation séquentielle est l'outil le plus rentable du point. Elle dit : $f(x)\to\ell$ quand $x\to a$ si et seulement si, pour toute suite $(x_n)$ tendant vers $a$, la suite $f(x_n)$ tend vers $\ell$. Le « pour toute » est ce qui rend l'énoncé puissant dans un sens et commode dans l'autre :
pour démontrer qu'une limite existe, la caractérisation est pénible — il faudrait traiter toutes les suites ;
pour démontrer qu'elle n'existe pas, il suffit d'exhiber deux suites tendant vers $a$ dont les images n'ont pas la même limite. C'est ainsi qu'on montre que $\sin\frac1x$ n'a pas de limite en $0$, en prenant $x_n=\frac{1}{2n\pi}$ et $y_n=\frac{1}{\frac{\pi}{2}+2n\pi}$.
Limite à droite et à gauche. Une fonction admet une limite en $a$ si et seulement si elle admet la même limite à droite et à gauche — et, quand $f$ est définie en $a$, si cette limite commune vaut $f(a)$. C'est l'outil des fonctions définies par morceaux, et de la partie entière.
$$\lim_{x\to a}f(x)=\ell \iff \forall (x_n)\in I^{\N},\ \big(x_n\to a \implies f(x_n)\to\ell\big)$$
Le $\eta$ dépend de $\varepsilon$, jamais l'inverse — exactement comme le rang $N$ dépendait de $\varepsilon$ pour les suites.
Piège
La composition des limites exige de vérifier que la fonction intérieure prend bien ses valeurs dans le domaine où l'on connaît la limite de la fonction extérieure. Écrire mécaniquement « $\lim g\circ f=\lim g$ » sans regarder les domaines produit des erreurs silencieuses, notamment avec les logarithmes et les racines.
b
Continuité en un point
Exigible
Contenus
Continuité en un point, continuité à droite, à gauche.
$f$ est continue en $a$ si et seulement si $f$ admet une limite en $a$, nécessairement égale à $f(a)$.
En clair
La continuité n'est qu'un cas particulier de limite : la limite existe et vaut la valeur en ce point. Toute la difficulté du lycée — « la courbe se trace sans lever le crayon » — disparaît au profit d'un énoncé vérifiable.
Le prolongement par continuité est le geste concret : si $f$ n'est pas définie en $a$ mais admet une limite finie $\ell$ en $a$, on décide de poser $f(a)=\ell$, et la fonction obtenue est continue. C'est ainsi qu'on donne un sens à $x\mapsto\frac{\sin x}{x}$ en $0$, en posant la valeur $1$.
La caractérisation séquentielle de la continuité — « $x_n\to a$ entraîne $f(x_n)\to f(a)$ » — est ce qui permet de passer à la limite dans une relation de récurrence, comme au point i du chapitre 5. C'est aussi elle qui permet de montrer que deux fonctions continues coïncidant sur $\Q$ coïncident sur $\R$, en combinant avec la densité.
c
Continuité sur un intervalle — les trois grands théorèmes
ExigibleDémonstrations exigibles
Contenus
Théorème des valeurs intermédiaires.
Image d'un intervalle par une fonction continue.
Théorème des bornes atteintes : une fonction continue sur un segment est bornée et atteint ses bornes.
Image d'un segment par une fonction continue.
Théorème de la bijection.
Capacités & commentaires
L'image d'un intervalle est un intervalle ; l'image d'un segment est un segment.
Théorème de la bijection : si $f$ est continue et strictement monotone sur un intervalle $I$, elle réalise une bijection de $I$ sur $f(I)$, et sa réciproque est continue et strictement monotone de même sens.
En clair
Trois énoncés, trois usages nettement distincts. Ne les confondez pas : c'est la distinction la plus contrôlée en colle.
Le théorème des valeurs intermédiaires sert à prouver qu'une équation a une solution. Hypothèse : continuité sur un intervalle. Il ne donne ni la valeur, ni l'unicité — seulement l'existence.
Le théorème des bornes atteintes sert à prouver qu'un maximum existe. Hypothèse : continuité sur un segment, c'est-à-dire un intervalle fermé et borné. Les deux mots comptent : $x\mapsto\frac1x$ sur $]0,1]$ est continue et non bornée ; $x\mapsto x$ sur $[0,+\infty[$ est continue et n'atteint pas de maximum.
Le théorème de la bijection sert à construire une réciproque. Hypothèses : continuité et stricte monotonie sur un intervalle. C'est lui qui légitime rétroactivement Arcsin, Arccos et Arctan du chapitre 4 : on savait les manipuler, on sait maintenant pourquoi elles existent. Et il donne en prime l'unicité, ce que le TVI seul ne donne pas — d'où l'expression courante « TVI version bijection ».
Une conséquence à savoir citer : une fonction continue et injective sur un intervalle est nécessairement strictement monotone. C'est loin d'être évident, et c'est très utile.
Le TVI donne l'existence, jamais l'unicité ni la valeur. Pour obtenir les deux, on l'emploie sous sa forme « bijection », en ajoutant la stricte monotonie — et l'on obtient au passage la continuité de la réciproque.
Les trois énoncés
Valeurs intermédiaires. Si $f$ est continue sur $[a,b]$ et si $k$ est compris entre $f(a)$ et $f(b)$ :
$$\exists c\in[a,b],\quad f(c)=k$$
Bornes atteintes. Si $f$ est continue sur un segment $[a,b]$, elle est bornée et :
$$\exists (\alpha,\beta)\in[a,b]^{2},\quad f(\alpha)=\inf_{[a,b]}f \ \text{ et }\ f(\beta)=\sup_{[a,b]}f$$
Autrement dit $f\big([a,b]\big)=\big[\,\min f,\ \max f\,\big]$ : l'image d'un segment est un segment. Les deux théorèmes précédents se combinent exactement en cet énoncé.
Théorème de la bijection. Si $f$ est continue et strictement monotone sur un intervalle $I$ :
$$f:I\longrightarrow f(I)\ \text{ est bijective},\quad f^{-1}\ \text{ est continue et strictement monotone de même sens}$$
Astuce de rédaction, valable toute l'année
Pour montrer qu'une équation $f(x)=k$ admet une unique solution, la rédaction attendue tient en trois lignes : $f$ est continue sur $I$ ; $f$ est strictement monotone sur $I$ (par le signe de $f'$) ; $k$ appartient à $f(I)$, qu'on calcule par les limites aux bornes. Conclusion par le théorème de la bijection. Ce schéma revient dans un devoir sur deux.
Piège classique
Le théorème des bornes atteintes exige un segment. Beaucoup de copies l'appliquent sur $]a,b[$ ou sur $[a,+\infty[$. Vérifiez toujours : fermé et borné.
d
Fonctions à valeurs complexes
Exigible
Contenus
Brève extension des définitions et résultats précédents.
Capacités & commentaires
$f$ est continue si et seulement si $\mathrm{Re}(f)$ et $\mathrm{Im}(f)$ le sont.
Les résultats liés à la relation d'ordre n'ont pas d'équivalent.
En clair
Continuité, limites, opérations : tout passe. En revanche, tout ce qui utilise l'ordre tombe — valeurs intermédiaires, bornes atteintes, monotonie, théorème de la bijection. Une fonction continue à valeurs complexes sur un segment est bornée, mais parler de son maximum n'a aucun sens : seul $|f|$, qui est à valeurs réelles, en a un.
Partie BDérivabilité
Les mêmes objets qu'au chapitre 04, cette fois démontrés. Rolle et les accroissements finis sont les deux théorèmes qui font le lien entre la dérivée, objet local, et le comportement global de la fonction.
a
Dérivabilité en un point
Exigible
Contenus
Dérivabilité en un point ; nombre dérivé, tangente.
Développement limité à l'ordre 1 ; la dérivabilité entraîne la continuité.
La dérivabilité en $a$ équivaut à l'existence d'un DL à l'ordre 1 en $a$.
Interprétation géométrique et cinématique du nombre dérivé.
En clair
Deux points valent le détour.
Le DL à l'ordre 1 est la vraie définition. Dire que $f$ est dérivable en $a$, c'est dire qu'on peut l'approcher par une fonction affine avec une erreur négligeable devant $x-a$. Cette formulation est plus maniable que le taux d'accroissement, et c'est la porte d'entrée de tout le chapitre 11.
Dérivable entraîne continue, jamais l'inverse. La valeur absolue en $0$ est continue et non dérivable : les dérivées à droite et à gauche existent mais diffèrent. Une fonction peut même être continue partout et dérivable nulle part — c'est l'exemple de Weierstrass, hors programme mais bon à connaître pour cesser de croire que la dérivabilité va de soi.
À savoir de tête
$$f \text{ dérivable en } a \iff \lim_{x\to a}\frac{f(x)-f(a)}{x-a} \text{ existe et est finie}$$
$$\iff f(x)=f(a)+f'(a)(x-a)+o(x-a) \quad\text{au voisinage de } a$$
$$\text{tangente : } y=f(a)+f'(a)(x-a)$$
Extremum local ; en un point intérieur, un extremum local implique une dérivée nulle.
Théorème de Rolle.
Égalité des accroissements finis.
Inégalité des accroissements finis ; fonctions lipschitziennes.
Capacités & commentaires
Le mot « intérieur » est essentiel : sur $[0,1]$, la fonction $x\mapsto x$ atteint son maximum en $1$ sans que la dérivée s'y annule.
L'inégalité des accroissements finis s'étend aux fonctions à valeurs complexes ; l'égalité, non.
En clair
Point critique n'est pas extremum. La dérivée s'annule en tout extremum local intérieur — mais la réciproque est fausse : $x\mapsto x^3$ a une dérivée nulle en $0$ sans y avoir d'extremum. Un point critique est un candidat, pas une conclusion.
Rolle : si $f$ est continue sur $[a,b]$, dérivable sur $]a,b[$ et si $f(a)=f(b)$, alors la dérivée s'annule quelque part entre les deux. La démonstration est un bel enchaînement de ce qui précède : $f$ continue sur un segment atteint ses bornes ; si l'extremum est atteint à l'intérieur, la dérivée y est nulle ; sinon $f$ est constante, et n'importe quel point convient.
L'égalité des accroissements finis est Rolle appliqué à $f$ moins sa corde. Géométriquement : il existe un point où la tangente est parallèle à la corde. C'est le théorème qui traduit une information sur $f'$ en information sur $f$, et c'est pour cela qu'il est partout.
L'inégalité des accroissements finis est la version qu'on utilise le plus souvent, parce qu'elle survit aux fonctions à valeurs complexes et parce qu'elle donne directement une majoration. Si $|f'|\leqslant M$ sur $I$, alors $f$ est $M$-lipschitzienne : $|f(x)-f(y)|\leqslant M|x-y|$. Vous vous en servirez au chapitre 15 pour les sommes de Riemann.
L'asymétrie entre le fermé et l'ouvert n'est pas un raffinement d'école : elle élargit réellement le champ d'application, à toutes les fonctions à tangente verticale au bord.
Les énoncés, avec leurs hypothèses
Rolle. $f$ continue sur $[a,b]$, dérivable sur $]a,b[$, et $f(a)=f(b)$ :
$$\exists c\in\,]a,b[,\quad f'(c)=0$$
Égalité des accroissements finis. $f$ continue sur $[a,b]$, dérivable sur $]a,b[$ :
Inégalité des accroissements finis. Si de plus $|f'|\leqslant M$ sur $]a,b[$ :
$$|f(b)-f(a)|\leqslant M\,|b-a|$$
Cette dernière vaut pour les fonctions à valeurs complexes, contrairement à l'égalité — dont $t\mapsto e^{it}$ sur $[0,2\pi]$ fournit le contre-exemple : la variation est nulle, la dérivée ne s'annule jamais.
c
Monotonie, limite de la dérivée, classe $\mathcal{C}^{k}$
Exigible
Contenus
Caractérisation des fonctions constantes et monotones par le signe de la dérivée.
Condition suffisante de stricte monotonie.
Théorème de la limite de la dérivée.
Fonctions de classe $\mathcal{C}^{k}$ et $\mathcal{C}^{\infty}$ ; opérations ; formule de Leibniz.
Capacités & commentaires
Ces caractérisations exigent que $f$ soit dérivable sur un intervalle.
Si $f'$ est positive et ne s'annule qu'en un nombre fini de points, $f$ est strictement croissante.
En clair
Le mot « intervalle » est de nouveau décisif. « $f'=0$ donc $f$ constante » est faux sur $\R^*$ : la fonction valant $0$ sur $\R_-^*$ et $1$ sur $\R_+^*$ a une dérivée nulle partout sans être constante. C'est la même subtilité qu'aux primitives du chapitre 4, et elle a la même origine — l'égalité des accroissements finis a besoin de pouvoir relier deux points en restant dans le domaine.
La stricte monotonie n'exige pas une dérivée strictement positive. $x\mapsto x^3$ est strictement croissante alors que sa dérivée s'annule en $0$. La condition suffisante correcte est : dérivée positive, s'annulant en un nombre fini de points.
Le théorème de la limite de la dérivée est l'outil des raccordements. Si $f$ est continue en $a$, dérivable autour de $a$, et si $f'(x)$ tend vers $\ell$ quand $x\to a$, alors $f$ est dérivable en $a$ avec $f'(a)=\ell$ — et $f$ est donc de classe $\mathcal{C}^1$. Il évite de revenir au taux d'accroissement pour prouver la dérivabilité en un point de recollement, ce qui est le cas typique des fonctions définies par morceaux.
La formule de Leibniz donne la dérivée $n$-ième d'un produit, avec les mêmes coefficients binomiaux que la formule du binôme du chapitre 2. Ce n'est pas une coïncidence : les deux se démontrent par la même récurrence, en utilisant la relation de Pascal.
À savoir de tête
Sur un intervalle $I$, pour $f$ dérivable :
$$f'=0 \text{ sur } I \iff f \text{ constante} \qquad f'\geqslant0 \text{ sur } I \iff f \text{ croissante}$$
Théorème de la limite de la dérivée :
$$\big(f \text{ continue en } a,\ f \text{ dérivable sur } I\setminus\{a\},\ f'(x)\xrightarrow[x\to a]{}\ell\in\R\big)\implies f \text{ dérivable en } a,\ f'(a)=\ell$$
Piège
La réciproque du théorème de la limite de la dérivée est fausse : une fonction peut être dérivable en $a$ sans que $f'$ ait une limite en $a$. L'exemple à connaître est $x\mapsto x^2\sin\frac1x$ prolongée par $0$ : elle est dérivable en $0$, de dérivée nulle, mais $f'$ oscille sans limite. Elle est donc dérivable sans être de classe $\mathcal{C}^1$.
Partie CConvexité
Une notion géométrique, trois caractérisations équivalentes, et une inégalité — celle de Jensen — qui produit à elle seule une bonne partie des inégalités classiques.
a
Fonctions convexes
ExigibleBarycentres HP
Contenus
Fonction convexe, fonction concave sur un intervalle.
Inégalité de Jensen pour une combinaison convexe finie.
Croissance des pentes ; position du graphe par rapport à ses sécantes.
Capacités & commentaires
Interprétation géométrique : le graphe est sous ses cordes.
Tout développement sur les barycentres est hors programme.
En clair
La définition dit exactement ce que le dessin montre : entre deux points du graphe, la courbe reste au-dessous du segment qui les joint. La formule $f\big(\lambda x+(1-\lambda)y\big)\leqslant\lambda f(x)+(1-\lambda)f(y)$ n'en est que la transcription — le membre de gauche est la courbe, celui de droite la corde.
La croissance des pentes est la caractérisation la plus utile pour démontrer, et elle ne suppose aucune dérivabilité : $f$ est convexe si et seulement si, pour tout point $a$ fixé, la fonction pente $x\mapsto\frac{f(x)-f(a)}{x-a}$ est croissante. Beaucoup d'exercices se traitent avec cette seule idée.
L'inégalité de Jensen généralise à $n$ points : l'image d'une moyenne pondérée est inférieure à la moyenne pondérée des images. Appliquée à $-\ln$, qui est convexe, elle donne l'inégalité arithmético-géométrique. C'est une usine à inégalités, et c'est pour cela que le programme la retient.
b
Caractérisations par la dérivée
Exigible
Contenus
Caractérisation de la convexité pour une fonction dérivable : $f'$ croissante.
Caractérisation pour une fonction deux fois dérivable : $f''\geqslant0$.
Position du graphe par rapport à ses tangentes.
Capacités & commentaires
Une fonction convexe dérivable a son graphe au-dessus de chacune de ses tangentes.
En clair
Trois formulations d'une même idée, à savoir passer de l'une à l'autre :
la courbe est sous ses cordes — la définition, valable sans dérivabilité ;
la courbe est au-dessus de ses tangentes — utile pour démontrer une inégalité ;
$f''\geqslant0$ — utile pour vérifier la convexité en pratique.
La deuxième est la plus rentable en exercice. Pour démontrer $e^x\geqslant1+x$, on n'étudie plus une fonction auxiliaire : $\exp$ est convexe puisque $\exp''=\exp>0$, et $1+x$ est sa tangente en $0$ ; la courbe est au-dessus de sa tangente, c'est fini. De même $\ln(1+x)\leqslant x$ vient de la concavité du logarithme. Les deux inégalités du chapitre 4 se démontrent ici en une ligne chacune.
Sous ses cordes, au-dessus de ses tangentes. La seconde propriété est la plus utile en exercice : elle transforme la démonstration d'une inégalité en une simple vérification de convexité.
Prise en $a=0$ pour $f=\exp$, cette dernière inégalité est $e^{x}\geqslant1+x$.
Astuce
Devant une inégalité à démontrer, demandez-vous s'il n'y a pas une fonction convexe cachée. Comparaison entre une moyenne et l'image d'une moyenne : Jensen. Comparaison entre une fonction et une droite : position par rapport à une tangente ou une corde. Ce réflexe remplace souvent une étude de fonction complète.
Les limitesCe qui n'est pas au programme dans ce chapitre
Notion
Statut
Commentaire
Développement sur les barycentres
Hors programme
Signalé explicitement à propos de l'inégalité de Jensen. On écrit des combinaisons convexes, on ne fait pas de théorie.
Continuité uniforme, théorème de Heine
Chapitre 15
Ils n'apparaissent qu'au chapitre sur l'intégration, où la démonstration de Heine n'est pas exigible.
Égalité des accroissements finis pour les fonctions complexes
Fausse
Seule l'inégalité s'étend. Le contre-exemple $t\mapsto e^{it}$ est à connaître.
Fonctions convexes de plusieurs variables
Hors programme
La convexité n'est traitée que sur un intervalle de $\R$.
Formule de Taylor-Young
Chapitre 11
Ici on s'arrête au développement limité à l'ordre 1, équivalent à la dérivabilité.
Théorème de Darboux
Hors programme
La propriété des valeurs intermédiaires pour les dérivées n'est pas au programme.
Points d'inflexion, étude systématique
Non exigible
Le vocabulaire peut être employé, mais aucune étude théorique n'est demandée.
Pour ce chapitre précisémentOutils utiles
Ce chapitre s'apprend au tableau et au brouillon, pas à l'écran. Les seuls outils réellement utiles servent à fabriquer des contre-exemples et à les regarder.
VoirDesmos — tracez $x^2\sin\frac1x$ en zoomant vers $0$ : vous verrez pourquoi elle est dérivable en $0$ sans être $\mathcal{C}^1$. Aucun paragraphe ne remplace ce zoom.
VoirGeoGebra — placez deux points mobiles sur une courbe et tracez la corde : la définition de la convexité devient une évidence visuelle. Idem pour la tangente parallèle des accroissements finis.
RéviserAnki — une carte par théorème, avec les hypothèses exactes au recto et l'énoncé au verso. C'est le chapitre où cette discipline rapporte le plus, parce que les colles portent d'abord là-dessus.
VérifierXcas — limit, diff, tabvar pour contrôler une étude de fonction menée à la main.
Michel Rolle (1652–1719) · Augustin-Louis Cauchy (1789–1857) · Karl Weierstrass (1815–1897)
Michel Rolle, autodidacte devenu membre de l'Académie des sciences, énonce en 1691 un résultat sur les racines des polynômes : entre deux racines consécutives d'un polynôme, il y a une racine de sa dérivée. Rien de plus — et surtout, pas de fonctions générales, pas de dérivées au sens moderne. Rolle est d'ailleurs l'un des adversaires les plus obstinés du calcul infinitésimal naissant, qu'il juge dénué de fondement rigoureux. L'ironie veut que son nom soit aujourd'hui attaché à l'un de ses théorèmes centraux.
L'énoncé général, pour une fonction quelconque, et son corollaire des accroissements finis sont l'œuvre de Cauchy, dans les années 1820. Quant à l'objection de Rolle sur le manque de fondement, elle était juste : il aura fallu Weierstrass et l'arithmétisation de l'analyse, un siècle et demi plus tard, pour y répondre. Ce chapitre est, littéralement, cette réponse.
La convexité, elle, n'est étudiée pour elle-même qu'à partir de Jensen (1859-1925), qui publie son inégalité en 1906 — bien après que Gibbs et d'autres l'aient utilisée en thermodynamique sans la nommer.