Le chapitre qui recombine tout le semestre : l'arithmétique du chapitre 7 transposée, les équations algébriques du chapitre 3 achevées, la dérivation du chapitre 4 rendue formelle. Et une clé de calcul, la décomposition en éléments simples, que vous emploierez pendant deux ans.
Champ AlgèbreSemestre 1Points a → iÉcho au ch. 7Sert au ch. 15 · 19
Ce que dit le programme sur cette section
Une arithmétique parallèle, et un outil de calcul
Un polynôme est un objet formel, pas une fonction. Le programme insiste sur la distinction, même si l'on identifiera ensuite polynôme et fonction polynomiale — l'identification est légitime sur un corps infini comme $\R$ ou $\C$.
Développer une arithmétique de $\K[X]$ parallèle à celle de $\Z$ : division euclidienne, PGCD, Bézout, Gauss, éléments irréductibles, factorisation unique. Ce n'est pas une analogie vague, c'est le même squelette de démonstrations.
Introduire les fractions rationnelles et leur décomposition en éléments simples, dont l'existence et l'unicité sont admises.
$\K$ désigne $\R$ ou $\C$.
La décomposition en éléments simples est le point le plus rentable à long terme : elle sert à calculer des primitives au chapitre 15, à sommer des séries au chapitre 19, à résoudre des récurrences, et en physique pour les transformées. Beaucoup d'étudiants la trouvent fastidieuse en janvier et regrettent en mai de l'avoir bâclée.
a
L'anneau $\K[X]$
Exigible
Contenus
Ensemble $\K[X]$ des polynômes à une indéterminée ; opérations.
Degré, coefficient dominant, polynôme unitaire.
Degré d'une somme, d'un produit.
$\K[X]$ est un anneau intègre.
$\K_n[X]$ : polynômes de degré au plus $n$.
Composition de polynômes.
Capacités & commentaires
La construction de $\K[X]$ n'est pas exigible ; on se contente d'une description.
Convention : $\deg 0=-\infty$.
En clair
Le degré est l'outil de raisonnement principal du chapitre. Presque toutes les démonstrations passent par un argument de degré : on suppose une écriture, on compare les degrés des deux membres, on conclut. La convention $\deg 0=-\infty$ n'est pas une coquetterie — elle rend vraie sans exception la formule $\deg(PQ)=\deg P+\deg Q$.
L'intégrité de $\K[X]$ se démontre justement par le degré : si $P$ et $Q$ sont non nuls, le coefficient dominant de $PQ$ est le produit des coefficients dominants, non nul puisque $\K$ est un corps. Donc $PQ\neq0$. C'est une différence majeure avec $\mathcal{M}_n(\K)$ du chapitre 9, et elle vous rend le droit de raisonner par « produit nul donc facteur nul ».
Polynôme et fonction polynomiale. Un polynôme est une suite de coefficients, presque tous nuls ; la fonction associée s'obtient en évaluant. Sur $\R$ ou $\C$, deux polynômes distincts donnent des fonctions distinctes, ce qui autorise l'identification. Retenez toutefois le principe, car le programme le souligne : $X$ est une indéterminée, pas un nombre.
À savoir de tête
$$\deg(P+Q)\leqslant\max(\deg P,\deg Q) \quad\text{avec égalité si } \deg P\neq\deg Q$$
$$\deg(PQ)=\deg P+\deg Q \qquad \deg(P\circ Q)=\deg P\times\deg Q$$
$$\K[X] \text{ est intègre} \qquad \K[X]^{\times}=\K^{*} \quad\text{(les inversibles sont les constantes non nulles)}$$
Ce dernier point est décisif pour l'arithmétique : dans $\Z$ les inversibles sont $\pm1$, dans $\K[X]$ ce sont les constantes non nulles. C'est pourquoi on normalise les PGCD en les prenant unitaires.
b
Divisibilité et division euclidienne
Exigible
Contenus
Divisibilité dans $\K[X]$ ; polynômes associés.
Division euclidienne : existence et unicité du quotient et du reste.
Capacités & commentaires
Deux polynômes sont associés s'ils diffèrent d'une constante multiplicative non nulle.
En clair
Le calcul se pose exactement comme une division de nombres, en travaillant sur le terme de plus haut degré. La condition qui assure l'unicité est ici $\deg R < \deg B$, en lieu et place du $0\leqslant r < |b|$ du chapitre 7. Même rôle, même démonstration d'unicité.
La notion d'associé remplace celle de signe. Dans $\Z$, $6$ et $-6$ ont les mêmes diviseurs ; dans $\K[X]$, $P$ et $3P$ aussi. C'est pour cela qu'on convient de prendre le PGCD unitaire : sans cette normalisation, il ne serait défini qu'à une constante près.
À savoir de tête
$$\forall (A,B)\in\K[X]\times\K[X]\setminus\{0\},\ \exists!\,(Q,R),\quad A=BQ+R \ \text{ avec }\ \deg R < \deg B$$
c
Racines et multiplicité
Exigible
Contenus
Fonction polynomiale ; racine d'un polynôme.
$a$ est racine de $P$ si et seulement si $X-a$ divise $P$.
Un polynôme de degré $n$ non nul a au plus $n$ racines.
Multiplicité d'une racine ; polynôme scindé.
Relations entre coefficients et racines d'un polynôme scindé.
Méthode de Horner.
Capacités & commentaires
La méthode de Horner permet d'évaluer un polynôme en $n$ multiplications.
Les relations coefficients-racines sont explicitement exigibles pour la somme et le produit ; le cas général peut être demandé sur des exemples.
En clair
Le résultat fondateur — $a$ racine équivaut à $X-a$ divise $P$ — se démontre en deux lignes par division euclidienne par $X-a$ : le reste est constant, et vaut $P(a)$. Vous l'aviez rencontré au chapitre 3 sur des exemples ; le voici démontré en général.
La conséquence la plus utilisée n'est pas celle qu'on croit : un polynôme de degré au plus $n$ ayant plus de $n$ racines est nul. C'est l'argument qui permet de démontrer qu'une identité polynomiale est vraie partout après l'avoir vérifiée en un nombre fini de points — technique qui reviendra constamment.
La multiplicité se voit sur le graphe, et c'est ce qui la rend intuitive : une racine simple traverse l'axe, une racine double y rebondit sans le franchir, une racine triple le traverse en s'aplatissant. Le point d donnera la caractérisation par les dérivées, qui est l'outil de calcul.
La méthode de Horner évalue $P(a)$ en factorisant les puissances de proche en proche. Elle divise le nombre de multiplications par deux environ, et surtout elle est numériquement plus stable. C'est un exercice classique de votre cours d'informatique, avec l'analyse de complexité qui va avec.
Multiplicité impaire : la courbe traverse l'axe. Multiplicité paire : elle le touche et repart du même côté. Plus la multiplicité est grande, plus le contact est plat — ce que le point d traduit en annulation des dérivées successives.
À savoir de tête
$$P(a)=0 \iff (X-a)\mid P
\qquad
a \text{ racine de multiplicité } m \iff (X-a)^{m}\mid P \ \text{ et }\ (X-a)^{m+1}\nmid P$$
$$\deg P=n\geqslant0 \implies P \text{ a au plus } n \text{ racines, comptées avec multiplicité}$$
Relations coefficients-racines pour $P=a_n\prod_{k=1}^{n}(X-x_k)$ scindé :
Le cas $n=2$ redonne les formules du chapitre 3. Elles permettent de calculer une expression symétrique des racines sans jamais les déterminer.
Astuce
Pour montrer que deux polynômes sont égaux, il suffit souvent de montrer que leur différence a plus de racines que son degré ne l'autorise. Cette technique — dite « du polynôme nul » — règle en trois lignes des identités qui paraissent redoutables développées.
d
Dérivation formelle et formule de Taylor
Exigible
Contenus
Dérivée formelle d'un polynôme ; dérivées successives.
Opérations : linéarité, produit, formule de Leibniz.
Formule de Taylor polynomiale.
Caractérisation de la multiplicité par les dérivées successives.
Capacités & commentaires
La dérivation est définie de façon formelle, sans limite : elle a donc un sens sur tout corps.
En clair
La dérivée est ici une opération sur les coefficients, pas une limite. On décrète que la dérivée de $X^k$ est $kX^{k-1}$ et on prolonge par linéarité. Sur $\R$, on retrouve la dérivée du chapitre 4 ; mais la définition formelle n'a besoin d'aucune analyse.
La formule de Taylor polynomiale est exacte, sans reste : un polynôme de degré $n$ est égal à son développement de Taylor à l'ordre $n$ en n'importe quel point. C'est ce qui distingue le cas polynomial du cas général du chapitre 11, où il restera toujours un terme d'erreur.
La caractérisation de la multiplicité est l'outil pratique : $a$ est racine de multiplicité $m$ si et seulement si les dérivées d'ordre $0$ à $m-1$ s'annulent en $a$ et pas la $m$-ième. C'est exactement ce que la figure du point c montrait : plus la multiplicité est grande, plus le contact avec l'axe est plat.
À savoir de tête
$$(PQ)^{(n)}=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}P^{(k)}Q^{(n-k)} \qquad\text{(Leibniz, comme au chapitre 6)}$$
Formule de Taylor polynomiale — exacte, pour $\deg P\leqslant n$ :
$$a \text{ racine de multiplicité } m \iff P(a)=P'(a)=\dots=P^{(m-1)}(a)=0 \ \text{ et }\ P^{(m)}(a)\neq0$$
Astuce
Un polynôme a une racine multiple si et seulement s'il n'est pas premier avec sa dérivée. Le calcul de $P\wedge P'$ par l'algorithme d'Euclide détecte donc les racines multiples sans les calculer — et permet de rendre un polynôme à racines simples en le divisant par ce PGCD.
e
Arithmétique de $\K[X]$
Exigible
Contenus
PGCD de deux polynômes ; algorithme d'Euclide.
Relation de Bézout ; polynômes premiers entre eux ; théorème de Bézout.
Lemme de Gauss.
PPCM.
Capacités & commentaires
Le PGCD est normalisé unitaire.
Les démonstrations sont celles du chapitre 7, transposées.
En clair
Il n'y a presque rien à apprendre : c'est le chapitre 7 recopié, avec le degré à la place de la valeur absolue. Ce parallèle mérite d'être vu comme tel, parce qu'il vous fait gagner un chapitre entier de mémorisation.
Dans $\Z$ (chapitre 7)
Dans $\K[X]$ (ici)
Mesure de taille
valeur absolue $|a|$
degré $\deg P$
Division euclidienne
$a=bq+r$, $0\leqslant r < |b|$
$A=BQ+R$, $\deg R < \deg B$
Inversibles
$\{-1,1\}$
les constantes non nulles $\K^{*}$
Normalisation du PGCD
positif
unitaire
Éléments irréductibles
nombres premiers
polynômes irréductibles
Factorisation unique
en facteurs premiers
en irréductibles
Bézout, Gauss, Euclide
mêmes énoncés
mêmes démonstrations
Ce que ce parallèle annonce
Les deux ensembles partagent cette arithmétique parce qu'ils partagent une propriété : une division euclidienne. C'est ce qu'on appelle un anneau euclidien — vocabulaire hors programme, mais l'idée mérite d'être comprise. Elle explique pourquoi vous n'apprenez pas deux fois les mêmes théorèmes.
f
Factorisation — d'Alembert-Gauss
ExigibleDémonstration HP
Contenus
Théorème de d'Alembert-Gauss.
Polynômes irréductibles de $\C[X]$ et de $\R[X]$.
Factorisation d'un polynôme en produit d'irréductibles.
Factorisation de $X^{n}-1$.
Capacités & commentaires
La démonstration du théorème de d'Alembert-Gauss est hors programme : il est admis.
Les racines complexes d'un polynôme réel sont conjuguées deux à deux, avec la même multiplicité.
En clair
Le théorème de d'Alembert-Gauss affirme que tout polynôme non constant de $\C[X]$ admet au moins une racine. Par récurrence immédiate, tout polynôme de $\C[X]$ est donc scindé. C'est le résultat qui justifie rétrospectivement tout le chapitre 3 : on travaille dans $\C$ parce qu'on y trouve toujours les racines.
Les irréductibles se déduisent aussitôt. Dans $\C[X]$, ce sont exactement les polynômes de degré 1. Dans $\R[X]$, ce sont les degrés 1, et les degrés 2 à discriminant strictement négatif — parce qu'une racine complexe non réelle d'un polynôme réel vient toujours avec sa conjuguée, et que le produit $(X-z)(X-\bar z)$ est un trinôme réel.
La factorisation de $X^{n}-1$ est la synthèse du chapitre 3 : ses racines sont exactement les racines $n$-ièmes de l'unité, donc $X^{n}-1=\prod_{k=0}^{n-1}\big(X-e^{2ik\pi/n}\big)$ dans $\C[X]$. Sur $\R[X]$, on regroupe les racines conjuguées deux à deux, ce qui donne des trinômes, plus les facteurs $X-1$ et, si $n$ est pair, $X+1$.
À savoir de tête
d'Alembert-Gauss — admis :
$$P\in\C[X],\ \deg P\geqslant1 \implies P \text{ admet au moins une racine dans } \C$$
Irréductibles :
$$\C[X] : \text{les } aX+b,\ a\neq0
\qquad
\R[X] : \text{les } aX+b \text{ et les } aX^{2}+bX+c \text{ avec } \Delta < 0$$
Racines conjuguées d'un polynôme réel :
$$P\in\R[X],\ P(z)=0 \implies P(\bar z)=0 \ \text{ avec la même multiplicité}$$
Piège
Un polynôme de degré 3 dans $\R[X]$ n'est jamais irréductible : il possède au moins une racine réelle, par le théorème des valeurs intermédiaires du chapitre 6. Plus généralement, tout polynôme réel de degré impair a une racine réelle. Un polynôme de degré 4 sans racine réelle, en revanche, peut être réductible en produit de deux trinômes — l'absence de racine n'est pas l'irréductibilité dès le degré 4.
g
Interpolation de Lagrange
Exigible
Contenus
Polynômes interpolateurs de Lagrange.
Existence et unicité du polynôme de degré au plus $n$ prenant $n+1$ valeurs données en $n+1$ points distincts.
Capacités & commentaires
Description de l'ensemble des polynômes prenant ces mêmes valeurs.
En clair
Par deux points passe une unique droite, par trois points une unique parabole — à condition que les abscisses soient distinctes. Le résultat général dit : par $n+1$ points d'abscisses distinctes passe un unique polynôme de degré au plus $n$.
L'unicité se démontre par un argument de degré, celui du point c : la différence de deux solutions est de degré au plus $n$ et s'annule en $n+1$ points, donc elle est nulle. Trois lignes.
L'existence est constructive, via les polynômes de Lagrange $L_i$, qui valent $1$ en $x_i$ et $0$ ailleurs. Une fois qu'on les a, la solution s'écrit comme combinaison des valeurs à atteindre. C'est un procédé qu'on retrouvera au chapitre 12 sous le nom de base adaptée.
Tous les polynômes qui interpolent ces mêmes points s'obtiennent en ajoutant un multiple de $\prod(X-x_i)$ — encore la structure « solution particulière plus solution homogène », pour la quatrième fois du semestre.
Les abscisses doivent être deux à deux distinctes — c'est la seule hypothèse. Les ordonnées, elles, sont libres : on peut imposer n'importe quelles valeurs.
À savoir de tête
Polynômes de Lagrange associés aux points $x_0,\dots,x_n$ distincts :
Degré d'une fraction rationnelle ; partie entière.
Zéros et pôles ; multiplicité.
Capacités & commentaires
La construction de $\K(X)$ n'est pas exigible.
La partie entière s'obtient par division euclidienne du numérateur par le dénominateur.
En clair
$\K(X)$ est à $\K[X]$ ce que $\Q$ est à $\Z$ : on fabrique des quotients. La forme irréductible — numérateur et dénominateur premiers entre eux, dénominateur unitaire — est unique, exactement comme la forme irréductible d'un rationnel au chapitre 7.
Le degré d'une fraction est la différence des degrés, et il peut donc être négatif. La partie entière est le quotient de la division euclidienne : toute fraction s'écrit polynôme plus fraction de degré strictement négatif. C'est la première étape de toute décomposition en éléments simples.
Zéros et pôles se lisent sur la forme irréductible : les zéros sont les racines du numérateur, les pôles celles du dénominateur, avec leurs multiplicités. Sur la forme non réduite, on lirait des zéros et des pôles fantômes qui se simplifient.
i
Décomposition en éléments simples
ExigibleExistence et unicité admises
Contenus
Décomposition en éléments simples sur $\C$ et sur $\R$.
Applications : calcul de primitives, calcul de dérivées $k$-ièmes.
Décomposition de $P'/P$.
Capacités & commentaires
L'existence et l'unicité de la décomposition sont admises.
La pratique se limite à des cas simples.
En clair
L'idée : toute fraction rationnelle se réécrit comme une somme de morceaux élémentaires, chacun attaché à un pôle. Sur $\C$, les morceaux sont des $\dfrac{\lambda}{(X-a)^{k}}$ ; sur $\R$, il faut y ajouter des termes $\dfrac{aX+b}{(X^{2}+pX+q)^{k}}$ pour les trinômes irréductibles.
La méthode pratique, dans l'ordre :
mettre sous forme irréductible et extraire la partie entière ;
factoriser le dénominateur en irréductibles — c'est le point f ;
écrire la forme de la décomposition, avec un terme par pôle et par exposant ;
déterminer les coefficients.
Pour l'étape 4, trois techniques, à connaître et à combiner. Multiplier par $(X-a)^{m}$ puis évaluer en $a$ donne directement le coefficient de plus haut degré associé au pôle $a$ — c'est la plus rapide. Multiplier par $X$ et faire tendre vers l'infini donne une relation entre les coefficients. Évaluer en un point commode, souvent $0$, en donne une autre. Le système complet ne se résout à la main qu'en dernier recours.
Le cas $P'/P$ est remarquable et explicitement au programme : si $P$ est scindé, la décomposition de $P'/P$ est la somme des $\dfrac{m_k}{X-a_k}$, où $m_k$ est la multiplicité de la racine $a_k$. C'est la dérivée logarithmique du chapitre 4, sous forme algébrique — et c'est un moyen élégant de lire les multiplicités.
À savoir de tête
Forme de la décomposition sur $\C$, pour un dénominateur $\prod (X-a_k)^{m_k}$ :
$$F=E+\sum_{k}\sum_{j=1}^{m_k}\frac{\lambda_{k,j}}{(X-a_k)^{j}}
\qquad E \text{ partie entière}$$
Coefficient de plus haut degré associé au pôle $a$ de multiplicité $m$ :
$$\lambda_{m}=\Big[(X-a)^{m}\,F\Big]_{X=a}$$
Dérivée logarithmique, pour $P$ scindé de racines $a_k$ de multiplicités $m_k$ :
$$\frac{P'}{P}=\sum_{k}\frac{m_k}{X-a_k}$$
Élément simple type sur $\R$ dont vous aurez besoin au chapitre 15 : $\displaystyle\int\frac{\mathrm{d}x}{x-a}=\ln|x-a|$ et $\displaystyle\int\frac{\mathrm{d}x}{(x-a)^{k}}=\frac{-1}{(k-1)(x-a)^{k-1}}$ pour $k\geqslant2$.
Pourquoi cette décomposition vaut l'effort
Une fraction rationnelle ne se primitive pas telle quelle ; décomposée, chaque morceau se primitive à vue. C'est la seule méthode générale pour intégrer une fraction rationnelle, et vous l'emploierez au chapitre 15, en physique, et au chapitre 19 pour sommer des séries par télescopage. C'est le point du chapitre dont le rendement est le plus élevé.
Piège
Il faut un terme pour chaque exposant jusqu'à la multiplicité : pour un pôle double, deux termes, en $\frac{1}{X-a}$ et $\frac{1}{(X-a)^{2}}$. En oublier un rend le système incompatible, et l'on croit alors s'être trompé de calcul.
Les limitesCe qui n'est pas au programme dans ce chapitre
Notion
Statut
Commentaire
Démonstration de d'Alembert-Gauss
Hors programme
Le théorème est admis. Toutes les démonstrations connues font appel à de l'analyse ou de la topologie hors de portée en première année.
Existence et unicité de la décomposition en éléments simples
Admises
On applique la méthode, on ne la démontre pas.
Polynômes à plusieurs indéterminées
Hors programme
Une seule indéterminée.
Polynômes symétriques élémentaires
Non exigible
Seules la somme et le produit des racines sont exigibles ; les autres relations peuvent apparaître sur des exemples.
Polynômes cyclotomiques
Hors programme
On factorise $X^{n}-1$ sur $\C$ et sur $\R$, sans aller plus loin.
Résultant, discriminant général
Hors programme
Seul le discriminant du trinôme est utilisé.
Arithmétique de $\Z[X]$, critère d'Eisenstein
Hors programme
$\K$ est $\R$ ou $\C$ ; l'irréductibilité sur $\Q$ n'est pas au programme.
Interpolation de Newton, erreur d'interpolation
Hors programme
Seule la forme de Lagrange est au programme.
Pour ce chapitre précisémentOutils utiles
VérifierXcas — factor, cfactor (sur $\C$), quo et rem pour la division euclidienne, gcd, partfrac pour la décomposition en éléments simples. Faites le calcul à la main, puis comparez : sur une décomposition, l'écart saute aux yeux.
VérifierSymPy — sympy.apart pour les éléments simples, sympy.factor, sympy.interpolate. Calcul exact, donc pas d'erreur d'arrondi.
CoderPython — implémentez la méthode de Horner et comparez son nombre de multiplications à l'évaluation naïve. C'est un exercice classique du cours d'informatique, avec l'analyse de complexité.
VoirGeoGebra — placez trois points mobiles et tracez le polynôme interpolateur : en déplaçant un point, on voit toute la courbe bouger. La sensibilité de l'interpolation devient tangible.
VoirDesmos — tracez $(x-1)$, $(x-1)^{2}$, $(x-1)^{3}$ sur le même graphe pour voir les trois comportements de multiplicité.
Un théorème que d'Alembert n'a pas démontré, et Gauss pas tout à fait
Jean le Rond d'Alembert (1717–1783) · Carl Friedrich Gauss (1777–1855) · Joseph-Louis Lagrange (1736–1813)
D'Alembert propose une démonstration en 1746 ; elle contient une lacune analytique qui ne sera comblée qu'au XIXe siècle. Gauss en publie une autre dans sa thèse de 1799, en critiquant au passage toutes les tentatives antérieures — mais la sienne repose sur un argument géométrique qu'il ne justifie pas complètement, et il y reviendra trois fois au cours de sa vie. Le résultat porte donc les noms de deux mathématiciens dont aucun n'en a donné, du premier coup, une preuve complète. En France on l'appelle « théorème de d'Alembert-Gauss » ; ailleurs, « théorème fondamental de l'algèbre ».
L'ironie va plus loin : toutes les démonstrations connues font appel à l'analyse ou à la topologie. Il n'existe pas de preuve purement algébrique de ce théorème d'algèbre — raison pour laquelle votre programme l'admet sans détour.
Lagrange publie sa formule d'interpolation en 1795, dans ses cours à l'École normale ; Edward Waring l'avait déjà donnée en 1779, et Euler en 1783. C'est un cas de plus où l'usage a attribué le nom sans trancher l'antériorité.
Fin du premier semestre
Ce que vous avez construit en dix sections
Le semestre s'achève, et il vaut la peine de regarder l'édifice d'ensemble plutôt que dix chapitres empilés.
Une langue — le raisonnement, les quantificateurs, les modes de démonstration (section 1), et les automatismes de calcul qui rendent tout le reste praticable (sections 2 et 4).
Une analyse fondée — la propriété de la borne supérieure (section 5) porte le théorème de la limite monotone, Bolzano-Weierstrass, les valeurs intermédiaires, les bornes atteintes et les accroissements finis (section 6). Tout ce que la section 4 avait admis y est démontré.
Une algèbre — les complexes (section 3), l'arithmétique de $\Z$ (section 7), le vocabulaire des structures (section 8), le calcul matriciel (section 9), et enfin les polynômes (section 10), qui rejouent l'arithmétique dans un autre décor.
Trois fils qui traverseront le second semestre : la structure « solution particulière plus solutions homogènes », rencontrée quatre fois ; la distinction entre ce qu'on démontre et ce qu'on admet ; et l'idée qu'on ne démontre qu'une fois ce qui vaut partout.
Le second semestre reprend chacun de ces fils : l'algèbre linéaire donnera son sens au calcul matriciel, l'analyse asymptotique prolongera les limites, et les probabilités arriveront comme un champ neuf. Le sommaire en donne le plan et les objectifs.